Centre Pompidou, la genèse – en développement

Rina Sherman

HD, couleurs, 90 min, k éditeur, Paris, 202…

Synopsis VF Comment est-ce que le Centre Pompidou a-t-il vu le jour ? Un film sur la genèse du Centre Pompidou au travers le regard des acteurs clefs : le développement de l’idée, la construction du bâtiment, le contexte social de l’époque et l’évolution conceptuelle des différents départements et activités du Centre Pompidou.

Synopsis EV How did the Centre Pompidou come into being? A film about the genesis of the Centre Pompidou through the eyes of key players: the development of the idea, the construction of the building, the social context of the time and the conceptual evolution of the Centre Pompidou’s various departments and activities.

collectionGrands portraits, témoins de notre temps
durée – 90 min
genre – documentaire, grand format / format 1 heure
classement – G – Public général, spécialisé, universitaire
année – 202… en cours
langue – français
pays d’origine – France
format – 1920×1080, 25fps, 1.66:1, son mono / stéréo
VOFR – voix et narration française
VOVA – voix ST anglais et narration anglaise 
VI – voix FR et narration VF et / ou VF

contact vente & distribution

valeurs : document, histoire, portrait, éducatif, recherche

hashtag : #kediteur #centrepompidou #design #muséedartmoderne #ircam #bpi #graphisme #architecture #cci #beaubourg #pompidou #claudemollard

Crédit photo couverture : Rina Sherman / ADAGP
Centre Pompidou, la Genèse / Rina Sherman

L’avenir a commencé le 31 janvier 1977. Le Centre Pompidou est inauguré. C’est un événement. Une ville monde, qui est à la fois une machine tout-en-un, du ready-made d’un genre nouveau, du fun et la pagaille. L’échelle est monumentale, l’impact dans le monde de la culture aussi.
Une nouvelle ère est arrivée, avec un esprit de fraîcheur, d’immédiateté et d’ouverture. Le Centre Pompidou, en déclinant pluridisciplinarité, flexibilité et mobilité, a transformé le monde de l’art et de la culture en France et bien au-delà.

À l’angle de la rue Beaubourg et de la rue du Renard, à la lisière du Marais, prend forme un bâtiment dépassant nettement la limite générale de hauteur d’une vingtaine de mètres – établie au XIXe siècle sous le règne de Napoléon III, par le baron Georges-Eugène Haussmann – qui donne au centre de Paris une relative harmonie.

Le Centre Pompidou est une déflagration dans le monde de l’architecture et de la culture. C’est plus qu’un bâtiment, c’est un système de pensée nouvelle, un happening mondial, rappelant de Time Square des années 60, réalisé par une équipe recrutée à l’international (Piano, Rogers, Franchini, Hultèn, Prouvé, Sandberg, Widmer, Martin, Boulez…).

En 1971, Claude Mollard a 29 ans quand il est détaché auprès de la « Délégation chargée de la réalisation du Centre du plateau Beaubourg », auquel succède, en 1972, « l’Établissement public chargé de la construction du Centre Beaubourg », en qualité de directeur administratif et financier, puis de secrétaire général.

Claude Mollard participe à la genèse, à la construction, puis à l’ouverture au public du Centre national d’art et de culture Georges-Pompidou (CNAC-GP), le plus grand centre culturel qui ait été conçu jusqu’alors. Il travaille avec Pierre Boulez et Robert Bordaz et accompagne la naissance du Centre Pompidou pendant huit années.

En suivant Claude Mollard, comme je le fais avec ma caméra depuis 2015, il laisse entrevoir les mécanismes subtils de l’un des projets de la fin du XXe siècle qui éclaire le mieux l’horizon de notre devenir culturel. Au travers de ces témoignages captés in-situ et sur le vif, il apporte des informations inédites, et trace, par petits et grands traits, le pilotage pour l’une des grandes réalisations de notre temps ; un centre de création et d’information culturelle, qui réunit en un même lieu les arts plastiques, la lecture publique, le design et la musique.

Avec l’avènement du Centre Pompidou, une nouvelle vision du paysage culturel est né. Il s’agit de décloisonner les différentes activités culturelles, regrouper les arts plastiques, de d’installer une grande bibliothèque axée sur l’actualité, créer sous la direction de Boulez un lieu de création musicale et de recherche acoustique, puis d’intégrer le Centre de création industrielle pour développer le design en France.

En mai 1968, la jeunesse se soulève.
Les artistes suivent les étudiants et les ouvriers sont dans la rue pour manifester leur rejet du monde auquel ils ne veulent plus appartenir.

Le pouvoir sous le Général de Gaulle vacille. Dans ce conflit, le Premier ministre Georges Pompidou évite que le mouvement ne dégénère, ce qui le mène, quelques mois plus tard, au pouvoir.

En 1969, à peine élu président, Georges Pompidou, souhaite doter Paris d’un grand centre culturel, digne de son passé de capitale des arts perdu depuis la Seconde Guerre mondiale, qui intègre la spontanéité démocratique des manifestations de rue et des places publiques dans le tissu de la ville en un lieu public et surtout, polyvalent – arts plastiques, musique, création, médiathèque, cinémathèque, bibliothèque, musée.

En 1969, Georges Pompidou, devenu président de la République, décida de construire un nouveau musée d’Art moderne et choisit le plateau Beaubourg comme le seul emplacement disponible après la démolition de l’îlot insalubre no 1.

Je voudrais passionnément que Paris possède un centre culturel comme on a cherché à en créer aux États-Unis avec un succès jusqu’ici inégalé, qui soit à la fois un musée et un centre de création où les arts plastiques voisineraient avec la musique, le cinéma, les livres, la recherche audiovisuelle, etc. Le musée ne peut être que d’art moderne, puisque nous avons le Louvre. La création, évidemment, serait moderne et évoluerait sans cesse. La bibliothèque attirerait des milliers de lecteurs qui du même coup seraient mis en contact avec les arts.

Déclaration de Georges Pompidou, Le Monde, 17 octobre 1972

Nous avons tout lieu de croire que Beaubourg doit permettre de redonner à la France un rôle important en matière de création. Quoi qu’il en soit, le Centre répond à l’un des besoins fréquemment exprimés par les créateurs, celui de la communication entre disciplines […] La créativité qui s’exprime dans une seule discipline est souvent condamnée à l’appauvrissement ou à l’ésotérisme. La rencontre non seulement entre créateurs mais aussi entre disciplines différentes est, en revanche, source d’enrichissements multiples. Le Centre sera un instrument ‘polytechnique’ au service des créateurs. À Beaubourg, un peintre, un sculpteur, un poète, un designer, pourront, s’ils le désirent, réaliser des œuvres en ayant recours à des techniques modernes : l’audiovisuel et l’informatique. C’est dans cette perspective que s’inscrit l’un des maîtres-mots du projet : la souplesse. La mobilité, à Beaubourg, est avant tout un état d’esprit…

Claude Mollard, in L’Enjeu du Centre Georges-Pompidou, UGE, 1976

Le 26 août 1970 , Robert Bordaz, conseiller d’État, fut nommé en conseil des ministres « délégué pour la réalisation du centre du plateau Beaubourg ».
Il constitua une équipe d’une dizaine de personnes, chargée de préparer le concours international d’architecture lancé en décembre 1970 et de mettre en place l’établissement public qui devait être chargé de la construction et de la préfiguration du centre
En janvier 1972, Bordaz fut nommé président de l’établissement public du centre Beaubourg (EPCB), chargé de la construction du centre, dont il devient le premier président, de 1976 à son ouverture au public en 1977.

Le futur centre culturel naît sous le signe de l’innovation et de la catégorie « hors norme académique ». Dans cet esprit, le choix de l’architecte se fera anonymement, à travers un concours confié à un jury international composé d’architectes et de directeurs de Musées.

Dirigé par Jean Prouvé, architecte industriel, le jury détermine un programme audacieux en faveur d’une architecture fonctionnelle.
Claude Mollard écrit dans L’Enjeu du Centre Pompidou :

« Ce programme repose sur une conception scientifique de l’architecture qui ne doit pas se contenter de traiter les problèmes du contenant, mais qui doit également aborder les problèmes du contenu du bâtiment. »

Le programme du concours défini par Robert Bordaz, chargé de la réalisation du Centre Pompidou :

« Créer l’instrument d’une Renaissance faite de créativité et de communication auxquelles aspire avec tant de force notre société pour prendre enfin possession d’une de ses conquêtes majeures : les loisirs ».

Claude Mollard le décrit en ces termes :

« Ainsi, bien qu’il ne puisse éviter d’être monumental par sa masse, par sa situation et son échelle par rapport à l’environnement, le projet retenu se caractérise-t-il par le refus de la recherche plastique considérée comme une fin en soi, par le refus d’un parti artificiellement original, de ce que le président du jury a appelé « le grand geste architectural prestigieux », et par la simplicité voire la brutalité de sa structure, de sa silhouette, de son apparence ».

En termes de scénographie, le bâtiment s’ouvrait à différentes conceptions, dont la libération totale des espaces intérieurs. La façade avait un sens, c’était la visibilité de ce qui se passait à l’intérieur.

Réunion finale du jury. L’architecte Philip Johnson décrit le projet « 493 » Renzo Piano, Gianfranco Franchini et Richard Rogers,
14/07/1971 © Archives du Centre Pompidou. Photo © Photographe inconnu

Lauréates du Concours international pour le Centre Pompidou, Renzo Piano, Gianfranco Franchini et Richard Rogers, assistés par l’ingénieur Peter Rice.
Avec le cabinet d’ingénieurs Ove Arup & Partners, ils ont proposé le projet architectural du Centre Pompidou, comme un véritable organisme vivant, construit dans l’un des quartiers les plus anciens de la capitale, le plateau Beaubourg, cœur battant de Paris depuis le Moyen Âge.
© Centre Pompidou/Bibliothèque Kandinsky, 1971
La ville & l'enfant, Centre Pompidou

Le Centre Pompidou, un laboratoire original et autonome d’expérimentation sociales et culturelles autour des concepts de transversalité, d’interdisciplinarité, de participation, transparence, innovation, action locale, décentralisation, d’action associative, l’innovation technologique, la démocratisation, réponse à un mouvement de réforme en rupture avec l’ancienne politique culturelle institutionnelle, sectorielle et patrimoniale avec, président et les futurs responsables du Centre : Pontus Hulten, directeur du musée national d’Art moderne, son adjoint, Germain Viatte, les conservateurs Jean-Hubert Martin et Alfred Paquement, Jean-Pierre Seguin, directeur de la Bibliothèque publique d’information, François Mathey directeur du Centre de création industrielle, créé en 1968 au sein de l’Union centrale des arts décoratifs, et Pierre Boulez, chargé de créer l’IRCAM.

Les débuts du Centre se font dans la douleur et sous des critiques parfois houleuses. Un grand écran de télévision qui allait clignoter sur la ville était prévu sur la façade. Raison pour laquelle une large place, que l’on appelait la Piazza, se déployait devant cet écran.

La bataille pour le Centre est gagnée en février 1977 quand le Centre reçoit la visite de 30 000 à 40 000 visiteurs par jour, applaudissant Jean Tinguely en salopette en poète absolu devant le public construisant son « Crocrodrome », train fantôme implanté au milieu du forum transformé en un vaste atelier d’artiste.

 

Le Crocodrome de Jean Tinguely, Bernhard Luginbühl et Niki de Saint-Phalle a été fait pendant la construction avec les rebuts en métal du bâtiment.

Pendant le chantier, Piano avait facétieusement placé devant, un écriteau :

« Attention, tout ce qui est peint, c’est le bâtiment.
Tout ce qui est rouillé, c’est de l’art. »

Le Forum à l’ouverture du Centre Pompidou : Le public est accueilli par une machine infernale dans un bruit de ferrailles fracassant constituée de gigantesques plaques de tôle, roues et tuyaux mobiles. Le spectacle est total.

Ci-après : Le Musée Sentimental de Daniel Spoerri, intégré au Crocrodrome, présente dans des vitrines des objets divers, authentiques ou dérisoires, ayant appartenu à des personnes célèbres
Photo  : Jacques Faujour

« Partout dans le Forum, les gens se rassemblent, se rencontrent, discutent, échangent, se donnent des rendez-vous, c’est vraiment la culture par tous et pour tous. On peut quand on est ici croiser des artistes qui sont en train de faire une performance, assister à un débat, voir un montage, là au Forum –1, par exemple. Ici, l’art se lie à la vie. La vie est dans le Centre Pompidou. »

Témoin passant.

« C’était une invitation à venir et à voir, à ne pas avoir peur. Et ce message « intriguant » était fondamental, parce que la curiosité est l’étincelle qui guide les comportements culturels (…) Dans le fond, c’est comme ça que les jeunes trouvent leur voie, à travers la rébellion. »

Renzo PIano

« Le président de la République souhaitait que Beaubourg fût implanté dans un quartier populaire et ouvert à un très large public : les manifestations culturelles contemporaines ne devaient pas rester dans son esprit, le privilège d’une petite élite. »

Claude Mollard

Claude Mollard porte un témoignage unique et singulier sur les motivations, les ambitions, les ressorts et les développements du Centre Pompidou.
En complément de son retour d’expérience, nous entendons recueillir les témoignages d’autres acteurs qui ont contribué à la genèse, la construction et les premiers temps du Centre Pompidou dans les différents département et secteurs d’activité, dont :

Jean-Hubert Martin,
Alfred Pacquement,
Jacques Faujour (photographe)
Renzo Piano,
Cuno Brullmann (architecte),
Olivier Cinqualbre (architecte)
Jean Dethier (CCI),
Françoise Jollant (CCI),
Jacqueline Boyer (CCI),
Margo Rouard-Snowman (CCI),
Germain Viatte (fait),
Isabelle Monod-Fontaine, directrice-adjointe MNAM (2000-2009),
Hélène Klein, MNAM (1973),
Centre Pompidou (1975 à 1979, dont Paris-New York),
Jean-Michel Bouhours exposition conçue par Peter Kubelka : Une Histoire du cinéma. (1976, et pour l’ouverture en 1977)
à titre indicatif et non-exhaustif…

Claude Mollard, ancien élève de l’École Nationale d’Administration, diplômé de l’IEP de Lyon et titulaire d’une licence de Droit, il est un des acteurs de la création du Centre Pompidou dont il a dirigé la construction. Collaborateur de Jack Lang, il a doublé les budgets du Ministère de la Culture et participé à la promotion active des arts plastiques en France.
En 1986, il a créé l’agence d’ingénierie culturelle ABCD ainsi que l’Institut de formation Supérieure de Management Culturel (ISMC), mais a aussi dirigé de nombreuses institutions culturelles et artistiques telles que le Musée des Arts Décoratifs de Paris ou le Centre National de la Photographie (Jeu de Paume).
Depuis les années 2000, il pratique activement la photographie et à ce titre, a organisé de nombreuses expositions sur ce thème autant en France qu’à l’étranger. Ces dernières années, il a exercé les fonctions de chargé de mission pour l’éducation artistique et culturelle en collaboration avec Jack Lang.
Il est actuellement magistrat à la Cour des Comptes, enseignant et conférencier à l’université d’Aix-Marseille, à l’ICART et à l’université de Rio de Janeiro, mais également président de l’association des amis de Frans Krajcberg dont il a publié une biographie en 2005 aux éditions de l’Isthme. Il est auteur de nombreux livres portant sur les questions de culture et de politique culturelle.

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