Son histoire
Rina Sherman
Le corps se souvient avant que l’esprit ne comprenne.
Rina Sherman se forme d’abord à la musique classique, des années d’écoute disciplinée, à traduire le ressenti en un geste précis et maîtrisé. Elle porte cette discipline sur scène en tant que comédienne de théâtre, puis dans une carrière à la télévision construite autour d’enregistrements d’opéra en studio. Puis, en 1984, elle quitte l’Afrique du Sud pour l’exil en France.Paris devient sa terre d’accueil. Là, au début des années 1980, elle rencontre Jean Rouch, le cinéaste qui a passé sa vie à défendre l’idée qu’une caméra peut être une manière d’entrer dans le réel, et non de le représenter de l’extérieur. Sous sa direction, elle étudie sa pensée. Elle se forme à la ciné-gym, une discipline corporelle que Jean Rouch demande à l’équipe de Marcel Marceau de développer, qui entraîne le corps à tenir des postures non physiologiques et à passer avec fluidité de l’une à l’autre sous contrainte, jusqu’à ce que les décisions de filmer, de se placer, de s’arrêter, ne relèvent plus d’un plan. Elles viennent de l’équilibre. Du corps lui-même. La caméra devient le prolongement d’un instinct physique entraîné, le même instinct qu’un musicien a pour la note suivante, qu’une comédienne a pour le geste suivant.
Elle porte cet instinct sur le terrain pendant sept ans, vivant aux côtés des Ovahimba et d’autres sociétés de langue otjiherero en Namibie et en Angola, partageant leur vie. Il en résulte une œuvre unique, cohérente, déployée sur plusieurs années : Les années Ovahimba / Rina Sherman, conservée à la Bibliothèque nationale de France ; la collection Grands Portraits, études intimes et au long cours de figures comme Jean Widmer et Peter Knapp ; VOICES, une galerie de ciné-portraits de personnes remarquables que la plupart des publics ne rencontreront jamais autrement ; et, plus récemment, Man Made AI, la même méthode incarnée et attentive au présent, tournée cette fois vers le nouvel outil de son époque, car elle n’a jamais cru qu’il fallait se tenir à l’extérieur de ce que l’on cherche à comprendre.
Le travail de Rina Sherman a bénéficié du soutien du Ministère de la Culture, du Ministère ds affaires étrangères, de la Bibliothèque nationale de France, du Centre national du cinéma, du Centre Pompidou, des bourses Villa Médicis Hors les Murs et Lavoisier, et de la Ford Foundation.
k éditeur est né naturellement de cette pratique, la maison d’édition par laquelle chaque film, chaque livre, chaque photographie trouve le chemin de ceux à qui il est destiné.
Chaque film, chaque livre, chaque photographie porte la même signature : un auteur, une méthode, suivie où qu’elle mène. Cette continuité est l’œuvre elle-même, et elle continue de s’écrire.
