À propos

Rina Sherman

Rina Sherman, auteure–réalisatrice–productrice, conçoit des œuvres de cinéma, photographie, écriture et recherche intégralement structurées selon sa vision d’auteure.
Les œuvres de Rina Sherman ne font l’objet d’aucune utilisation externe.

Récompenses

Élève de Jean Rouch, elle a soutenu sous sa direction sa thèse de doctorat à la Sorbonne en 1990.​ Lauréate des bourses Villa Médicis Hors les Murs et Lavoisier du ministère des Affaires étrangères, et, soutenue par la Ford Foundation, elle a mené pendant sept années une étude de terrain auprès des Ovahimba et d’autres communautés de langue otjiherero en Namibie et en Angola.

Crédit photo : Philippe Ciaparra / ADAGP

Son histoire

Rina Sherman

Le corps se souvient avant que l’esprit ne comprenne.

Rina Sherman se forme d’abord à la musique classique, des années d’écoute disciplinée, à traduire le ressenti en un geste précis et maîtrisé. Elle porte cette discipline sur scène en tant que comédienne de théâtre, puis dans une carrière à la télévision construite autour d’enregistrements d’opéra en studio. Puis, en 1984, elle quitte l’Afrique du Sud pour l’exil en France.

Paris devient sa terre d’accueil. Là, au début des années 1980, elle rencontre Jean Rouch, le cinéaste qui a passé sa vie à défendre l’idée qu’une caméra peut être une manière d’entrer dans le réel, et non de le représenter de l’extérieur. Sous sa direction, elle étudie sa pensée. Elle se forme à la ciné-gym, une discipline corporelle que Jean Rouch demande à l’équipe de Marcel Marceau de développer, qui entraîne le corps à tenir des postures non physiologiques et à passer avec fluidité de l’une à l’autre sous contrainte, jusqu’à ce que les décisions de filmer, de se placer, de s’arrêter, ne relèvent plus d’un plan. Elles viennent de l’équilibre. Du corps lui-même. La caméra devient le prolongement d’un instinct physique entraîné, le même instinct qu’un musicien a pour la note suivante, qu’une comédienne a pour le geste suivant.

Elle porte cet instinct sur le terrain pendant sept ans, vivant aux côtés des Ovahimba et d’autres sociétés de langue otjiherero en Namibie et en Angola, partageant leur vie. Il en résulte une œuvre unique, cohérente, déployée sur plusieurs années : Les années Ovahimba / Rina Sherman, conservée à la Bibliothèque nationale de France ; la collection Grands Portraits, études intimes et au long cours de figures comme Jean Widmer et Peter Knapp ; VOICES, une galerie de ciné-portraits de personnes remarquables que la plupart des publics ne rencontreront jamais autrement ; et, plus récemment, Man Made AI, la même méthode incarnée et attentive au présent, tournée cette fois vers le nouvel outil de son époque, car elle n’a jamais cru qu’il fallait se tenir à l’extérieur de ce que l’on cherche à comprendre.

Le travail de Rina Sherman a bénéficié du soutien du Ministère de la Culture, du Ministère ds affaires étrangères, de la Bibliothèque nationale de France, du Centre national du cinéma, du Centre Pompidou, des bourses Villa Médicis Hors les Murs et Lavoisier, et de la Ford Foundation.

k éditeur est né naturellement de cette pratique, la maison d’édition par laquelle chaque film, chaque livre, chaque photographie trouve le chemin de ceux à qui il est destiné.

Chaque film, chaque livre, chaque photographie porte la même signature : un auteur, une méthode, suivie où qu’elle mène. Cette continuité est l’œuvre elle-même, et elle continue de s’écrire.

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Événements

En 1995

Rina Sherman a participé à de nombreux projets culturels en tant que commissaire. Elle est commissaire du parcours audiovisuel et du programme cinéma pour la manifestation « Afrique du Sud : Musiques de la liberté » à La Villette.

En 1996

En 1996, elle est commissaire de la tournée de Jean Rouch en Afrique Australe, en collaboration avec des universités en Afrique du Sud et en Namibie, l'Institut français d'Afrique du Sud (IFAS), l'Alliance française et le Centre culturel franco-namibien.

En 2002

Elle a présenté une première exposition transversale, « Les années Ovahimba : Travaux en cours » au Centre Culturel Franco-Namibien à Windhoek.

En 2011

Une rétrospective de ses films a eu lieu au Musée du Quai Branly, avec deux programmes, « La vie en ville » et « Les années Ovahimba ».

Ses réalisations

Création de k éditeur

Elle est la fondatrice de k éditeur et a publié la monographie photographique de Philippe Ciaparra, Paysages & Transfiguration (2021). Elle est directrice scientifique de la collection d’essais Dans le sillage de Jean Rouch (EMSH, 2018), dont une édition révisée est prévue pour 2025.
Rina Sherman est conférencière et enseignante, ayant notamment intervenu au School of Sound International Symposium du Southbank Centre à Londres (2019), au musée du quai Branly – Jacques Chirac lors de l’événement L’ethnologie va vous surprendre ! 4e Éd. Femmes de terrain (2019), ainsi qu’au Musée d’ethnographie de Genève pour une conférence dans le cadre de l’exposition Afrique, les religions de l’extase (2018).
Les projets de Rina Sherman ont bénéficié du soutien de plusieurs ministères, institutions et mécènes en France, notamment le Ministère des Affaires étrangères, le Ministère de la Culture, le Centre national du cinéma, ainsi que de diverses ambassades de l’Union européenne (Royaume-Uni, Allemagne, Espagne), de la Fondation Ford, du Centre Pompidou et de nombreux mécènes privés en Namibie.

Cinéma, écriture et photographie comme relation au réel

Rina Sherman avec Jean Rouch sur le tournage de M. M. les locataires

Pratique artistique

Rina Sherman développe une pratique d’auteur en cinéma, photographie et écriture, fondée sur la présence, une caméra intentionnelle et un engagement incarné dans le réel. Son travail se déploie à travers la durée et l’attention, constituant une écriture continue, non nécessairement linéaire, du réel. Formée dans la filiation du cinéma direct, elle rencontre Jean Rouch au début des années 1980, et conçoit le cinéma comme relation : un moyen d’entrer dans le réel plutôt que de le représenter de l’extérieur. Au cœur de cette approche se trouve la ciné-gym, discipline de formation corporelle et perceptive développée par des collaborateurs de Jean Rouch et de Marcel Marceau, qui place le corps au centre de la perception, de l’équilibre et de la décision, guidant le geste de filmer, la position et le moment de s’arrêter. Au fil du temps, ce travail constitue un corpus cohérent, conservé dans le Fonds Rina Sherman Files, à partir duquel naissent des œuvres signées, films, livres, tirages photographiques, dont les images circulent exclusivement au sein de ces œuvres, selon leur propre logique temporelle et compositionnelle.

Cinéma, écriture et photographie comme relation au réel

Rina Sherman filmant Michou (2013-2016) et ses amis à Montmartre

Gymnastique filmique ou ciné-gym

La gymnastique filmique ou ciné-gym est une discipline de formation corporelle et perceptive développée par des collaborateurs de Jean Rouch et de Marcel Marceau, transmise dans le cadre de l’enseignement de Jean Rouch à l’école de Nanterre.
Elle entraîne le corps à soutenir des postures non physiologiques, à passer avec fluidité d’une posture à l’autre et à maintenir l’attention sous contrainte physique, constituant ainsi le socle d’une intelligence incarnée à partir de laquelle émergent toutes les décisions de captation : où se placer, quand filmer, combien de temps rester et quand s’arrêter. La caméra n’est pas guidée par une planification externe, mais par un centre de gravité ancré dans le corps, permettant à la perception, au mouvement et à l’intention cinématographique de s’aligner en temps réel.

L'écriture multi-trait d'un film, fiction documentaire, poétique ou slow cinéma

Rina Sherman filmant M. M. les locataires (1995) 

Écrire un film

Comment écrire ce que nous n’avons pas encore vécu, ce que nous projetons de saisir au moment même où il advient ? Mon premier geste d’écriture naît lorsque je lève la caméra : c’est là que germe la formulation de l’idée, portée par une organisation syntaxique de l’image. Le second geste est celui du montage : en observant le déploiement des plans, une articulation secrète se révèle. Je l’esquisse pour l’enraciner, puis je persévère. C’est un travail de tissage patient : peu à peu, le film s’édifie comme une matière vivante. En parallèle, je commence à définir l’univers sonore, tantôt le mixage m’occupe, tantôt le montage son, tandis qu’une idée de générique traverse mon esprit et que je la consigne. Geste après geste, avant la finalisation, je partage l’œuvre avec des amis, des passants, quiconque vient à la croiser, il s’agit d’un mécanisme de distanciation, me permettant de décrocher, jusqu’à ce que le film trouve enfin sa cohérence et s’affirme, tenu par sa propre nécessité.