Rina Sherman  Palleca tandu C'était Palleca
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Palleca tandu C'était Palleca

Palleca tandu C'était Palleca, un filmu chì vò ramintà a vita di stu paesi talavesu, tant’ anni fà…
Comu si campaia in sti muntagni di l’Altu Taravu ?

À ci ani pussuta dì calchì parsoni anziani intargati sopra locu, in i paesi à l’intornu, in Aiacciu o in Parighji.

Ugnunu hà cuntatu à modu soiu, i tempi filici, i tempi duri o straziati, a famiglia, i tradizioni, i duveri è l’ubligazioni, u travagliu, i culturi, a muntagnera, l’impiaghjera, i disgrazii, a pulitica, i culunii, a partenza, a spalluzzera.

In a so manera d’invena si, in un sguardu, un dubbitu o una risata, in sti passati rimusciati, ferma stantarata a so idintità, una manera d’essa un pallicacciu, un corsu.

Versu u XVIsimu, ghjenti, fughjendu u mari, l’invasioni è i malatii, sò ghjunti in sti rughjoni. Dui frateddi, chjamati Santu è Bartolu si sariani cullucati quì, stabiliti è fattu à Palleca, campendu una vita di pastori è di paisani. Fola ò rialità ?
U fattu si stà chì, sempri avà, dui quartieri maiò tenini i so nomi. « Falà in Bartolu, andà in i Santoni ». U nomu fendu a casata, quiddi di Bartolu sò divintati i Bartoli è quiddi di Santu, i Santoni.

D’altri, in i tempi antichi, pigliendu u Taravu à l’insù, da a Filitosa à Ciamanaccia, sò passati quì. Di fattu, in 1984, s’hè trovu in stu paesi vicinu, una stantara armata à « pitturina fiminili » di l’epica di u Niuliticu è d’altri rotti, murati in i sarrendi, tistimunianza di passaghji trà piaghja è muntagna.

U paesi

Palleca, appiccatu à la muntagna à mani dritta di u Taravu, si pesa à 900 metri, di pettu à a Punta di a Capedda (2000 m), à un’ora è più d’Aiacciu è di a piaghja urientali. Quì, l’acqua c’hè in quantità. Corri u Taravu, u « fiumu grossu » è i so vadini, i funtani è i « marti », acquidotti di l’orti è prati suminati. U granitu, « a petra bianca » di a Sarra maistosa, si trova in ogni locu, in i munumenti, i casi, caseddi, muri è tarmini di prupiità.

A magnifica furesta si sparghji sin’à la Bocca di Verdi, ricca di laricci, castagni di cent’anni è più è di tanti prati da pascia è da lavurà. Ci hè statu quì dipoi sempri una vita pastureccia è di cultura : sfruttera di u castagnu, allevu di cintunai di porchi, trè o quattru mila pecuri, capri o vacchi. In 1939, campaiani quì 1500 parsoni ; in 2000, ni firmaia 160. Oghji, d’Aostu, trè o quatru centu statinanti voltani in paesi solu pà calchì sittimani…

Sant' Antonu di u porcu, sempri riprasintatu cù  st' animali à fiancu,hè affistitu tutti l'anni u 28 di Lugliu in a furesta di listessu nomu.Hè un ghjornu di ritrovu spirituali chì adunisci Pallicacci è ghjenti di u circondu.
A so capedda si trova in cor' di muntagna à mezu à i làricci, annantu à a strada chì tandu andaia da Tàlavu à Fium'Orbu franchendu à Bocca di Laparò. Hè stata fatta in a siconda mità di u XVIIIesimu po arranghjata in 1844 da i maestri Valeriu Foata è Santone Santoni.

Palleca tandu C'était Palleca

Palleca tandu C'était Palleca est un film sur la vie d’autrefois dans ce village au fond de la vallée du Taravo, au cœur du parc naturel régional de Corse.
Comment était la vie autrefois à Palleca ?
Pour répondre à cette question, nous avons retrouvé les anciens, à Paris, à Ajaccio et à Palleca et des villages environnants.
Chacun d’entre eux, à sa façon, relate les joies et les épreuves de leur enfance dans le village, la plage, la plaine, leurs familles, les codes, les interdits, les vendettas, le travail, la cuisine, les récoltes, la politique, la culture, la coloniale, l’exode, la transhumance vers la plage.
Ainsi est sculpté, phrase par phrase, par un regard, un rire, une hésitation, leur identité de Pallecais et de Corse.
Le village de Palleca aurait été fondé par deux frères nommés Bartolumeu et Santu à l’origine des deux patronymes Bartoli et Santoni, et deux quartiers habités depuis longtemps portent les noms de « Bartolu » et « i Santoni ». Ces deux personnages, pas nécessairement mythiques, ont donné une communauté agropastorale, qui s’est fixée là vers le XVIème siècle sur des territoires sans doute ravagés par la guerre et les épidémies.
Bien avant eux, d’autres avaient parcouru la vallée, de Filitosa à Ciamannacce puisqu’on a découvert en 1984, dans cette commune voisine de Palleca, une statuette de l’époque néolithique témoin de déplacements entre la plaine et la haute vallée du Taravo.

Le village
Palleca est perché à 900 mètres d’altitude dans l’Altu Taravu, la haute vallée du Taravo autrefois seulement desservie par des sentiers muletiers, sur la rive droite du fleuve à flanc de montagne, face à la Punta della Capella qui culmine à plus de 2000 mètres d’altitude, à plus d’une heure de route de la côte orientale et d’Ajaccio. L’eau est présente partout, par le fleuve, par les sources et les ruisseaux qui l’alimentent, et aussi par les martes, les canaux d’arrosage des jardins et des champs cultivés. Le fleuve Le Taravo, la rivière d'Ese et le ruisseau d'Orziolo sont les principaux cours d'eau qui traversent la commune de Palleca. Le granite s’impose aussi sur toutes les crêtes et dans toutes les constructions : maisons d’habitation, maisonnettes d’estive, murs de clôture des propriétés.
La commune, avec son vaste territoire communal qui s’étend jusqu’au col de Verde, où s’étagent forêts de pins lariccio, châtaigniers centenaires et pâturages, a pu développer de longue date une activité agro-pastorale (châtaigneraie, élevage, de quelques centaines de porcs, et de trois à quatre mille brebis, chèvres et vaches). En 1939, le village comptait 1500 âmes. En 2000, on a recensé 160 habitants permanents (en réalité guère plus d’une centaine, et jusqu’à trois ou quatre cents personnes pendant quelques courtes semaines d’août grâce à l’arrivée des estivants, tous originaires du village).
Antonu d’u Porcu ou Saint-Antoine-du-Cochon ; sa représentation statuaire le montre toujours accompagné de cet animal), lieu de culte pour la communauté, qui s’y réunit tous les ans le 28 juillet. Située en pleine montagne, au milieu des pins lariccio, dans la forêt domaniale du même nom, sur l'ancien chemin du Tàlavu au Fium'Orbu par la Bocca di Laparô (sur le G.R. 20), la chapelle a été construite dans la seconde moitié du XVIIIème siècle et a été restaurée en 1844 par les maîtres maçons Valère Foata et Santone Santoni.

k éditeur
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Palleca tandu C'était Palleca

Rina Sherman

Vissutu da  Vécu par
Abel Gény
& Rina Sherman

83 min, 2014-2021
Virsioni corsa & francesi  Version française & corse

Gran’ ritratti : I tistimonii di u nosciu tempu
Grands portraits : Témoins de notre Temps

Rina Sherman

Rifarentiin lingua corsa  Référente en langue Corse
Thérèse Ferri-Santoni

Traduzzioni  Traductions
Thérèse Ferri-Santoni,
Abel Gény, Georges Santoni

In cupruduzioni incù   En copoduction avec
The Prod

Incù u sustegnu di a   Avec le soutien de la
Cullittività di Corsica
Collectivité de Corse en partenariat avec le CNC


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Palleca tandu C’était Palneca

Pour remonter dans les temps anciens, nous retrouverons ceux et celles qui ont grandi et vivent pour la plupart toujours à Palneca, pour évoquer en langues Corse et Française les âges et les lieux passés, les façons de vivre et les savoir-faire des anciens de la haute vallée. Nous leur demanderons la parole pour retracer les divers aspects de la culture locale, la langue, la religion, les croyances, les fêtes, le culte de la mort, le code d’honneur et la notion de famille, de clan, les travaux, les jours et les saisons, la pratique ancestrale de la « transhumance » ou alternance saisonnière, la vie en montagne, l’hiver à la plage, les retrouvailles d’été.
Il y a encore au village des hommes et des femmes en mesure de témoigner de ce monde largement révolu. Ils sont hélas moins nombreux chaque année. Il nous semble aujourd’hui nécessaire et urgent de conserver, avec leurs paroles en Corse et en Français, et leurs souvenirs, un peu de la vie au village et de la Corse d’hier pour inspirer et informer celle d’aujourd’hui…
Palleca tandu C’était Palneca s’inscrit dans un attachement à la transmission, la continuation et la restitution : de la langue, de la mémoire, des traditions, d’une façon de vivre et d’une manière de penser. Aussi nous nous attarderons dans nos échanges avec les Palnecais sur des questions qui concernent la vie de tous les jours comme la vie institutionnelle, religieuse et cérémoniale, dont : la naissance, le baptême, les amours, les liens de parenté, le mariage, les coutumes vestimentaires, les pratiques de chant, les maisons, l’église et ses cloches, les lieux-dits, les ponts, les métiers, la connaissance de la médicine, la vendetta, la mort, les obsèques.
L’église paroissiale, Santa Maria Assunta, visitée en 1587 par Mgr Mascardi, se situait quelques centaines de mètres au-dessus du village actuel à Santa-Maria, un habitat aujourd’hui abandonné. On construira une première église à Palneca vers 1800, puis à partir de 1930 au même emplacement l’église actuelle dont le clocher sera érigé de 1939 à 1940. Les peintures murales en trompe l’œil et grisaille sont l’œuvre du peintre ukrainien Ivan Choupik (1898-1941), qui, comme d’autres russes, fuyant la révolution, arrive en Corse en 1921, intègre l’école d’Ajaccio et décore de nombreuses églises : Appietto, Palneca, Ciamannacce, Pietranera.
En contrepoint de la parole des anciens et des habitants du village, nous porterons un regard à la fois sur l’espace architecturale du village et sur ses environs boisés de pins larici et des hêtres. Les routes d’accès de Palneca dévoilent un village de maisons anciennes de granit construit sur une hauteur. On y trouve de nombreux sites anciens, des ruines éparses et des vestiges.

A proximité du village est situé un oratoire dédié à Saint Antoine-abbé (dit Saint-Antoine-l’Ermite, Saint-Antoine-le-Grand, Sant Antonu d’u Porcu ou Saint-Antoine-du-Cochon ; sa représentation statuaire le montre toujours accompagné de cet animal), lieu de culte pour la communauté, qui s’y réunit tous les ans le 28 juillet. Située en pleine montagne, au milieu des pins lariccio, dans la forêt domaniale du même nom, sur l’ancien chemin du Tàlavu au Fium’Orbu par la Bocca di Laparô (sur le G.R. 20), la chapelle a été construite dans la seconde moitié du 18e siècle et a été restaurée en 1844 par les maîtres maçons Valère Foata et Santon Santoni. A Palneca, la vie d’autrefois était rude ; pour survivre chacun s’acharnait à produire de quoi nourrir les siens et devait se battre pour préserver ses moyens de production, terres ou bêtes, convoités par le pouvoir politique, par les communautés voisines ou même par des membres de sa propre communauté. La justice et l’autorité étaient lointaines, coûteuses à mettre en œuvre, seule la parentèle offrait assistance et protection. La communauté de Palneca, comme d’autres, occupait en alternance l’espace aux deux extrémités de la vallée, selon un roulement saisonnier ou mode de vie agro-sylvo-pastoral à base de transhumance. Chaque année l’isolement hivernal était rompu par la transhumance qui mobilisait une grande partie de la population. Cet événement, vital pour l’économie du groupe, entraînait peu de nouveaux contacts ; dans les villages du parcours, les habitants se méfiaient de ces « nomades » et, à l’arrivée sur les terres d’hivernage, on se retrouvait entre palnecais en compétition avec les communautés voisines. Le village s’étendait autrefois sur deux territoires distincts, où la vie s’organisait, selon les saisons, en amont et en aval du Taravo, de la montagne à « la plage ». Mais deux guerres mondiales et l’émigration vers l’Afrique du Nord vont vider Palneca de ses forces vives, et « les trente glorieuses » emporteront le reste de sa population vers les villes. La fin du XIXème siècle apporte quelques changements dans la vie de cette communauté autarcique, un mouvement de fond encore très timide se manifeste : on commence à construire des maisons plus confortables, lentement l’instruction publique se met en place, l’état sanitaire s’améliore, une route carrossable dessert enfin le fond de la vallée. En nombre croissant des hommes partent hors de Corse, certains définitivement, mais la plupart reviennent au village avec l’expérience d’un autre monde ; pourtant, à leur retour, ils reprennent leur place sans bousculer les usages. Le monde moderne atteint peu le haut Taravo. C’est autour de la deuxième guerre mondiale que se dessine la fin de cette situation séculaire. Les palnecais « expatriés », bientôt aussi nombreux que ceux qui demeurent au village, découvrent ailleurs la modernité, adoptent les mœurs nouvelles et épousent souvent des non corses. De retour au village où pénètre peu à peu le progrès technique, où, même très lentement, la vie se fait moins rude, et l’aisance croît, ils conservent un mode de vie traditionnel auquel ils sont attachés ; en 1940 le poids de la communauté est encore très fort, l’usage ancien semble capable de survivre dans la société d’après-guerre. Il va s’écrouler pourtant en une décennie vers 1960. L’économie traditionnelle s’éteint rapidement et n’est pas remplacée. Le nombre d’habitants permanents décroit fortement et cette population vieillit encore plus vite, de plus en plus de jeunes s’expatrient. Ceux qui n’ont connu que la vie au village sont alors peu nombreux, ils ne peuvent résister ; les conjoints et les enfants forcent à évoluer rapidement. Quelques années encore et comme partout, la télévision et l’automobile achèveront de bouleverser le mode de vie et en feront presque totalement disparaitre la plupart des composantes archaïques qui avaient survécu jusque-là.

A chi hà pane e vinu po invità u so vicinu.
Qui a du pain et du vin, peut inviter son voisin.


Je voudrais ainsi démontrer comment ces déplacements périodiques permettaient de suivre le cycle naturel afin de nourrir les bêtes et les faire vivre dans les meilleures conditions possibles. J’ai également pu assister et repérer la fête de la Saint-Antoine, le 28 juillet, que le village entier célèbre chaque année au pied de la chapelle perdue très haut dans la montagne. Ainsi m’a-t-on raconté comment, de tous temps, les habitants du Tàlavu, du Fium’Orbu et de la piaghja ont effectué ce pèlerinage. Des femmes montaient pieds-nus jusqu’à l’oratoire, d’autres faisaient le tour de la chapelle à genoux en récitant des chapelets pour remercier le Saint ou demander une grâce. Après la messe et la procession u biatu Sant’Antonu, statue en bois, était dépouillé de ses vêtements pour être habillé de neuf. L’étoffe dont il était revêtu était découpée en de tout petits morceaux que le prêtre distribuait aux assistants qui se précipitaient dans une grande cohue. Ce rite se perpétue aujourd’hui, et le morceau d’étoffe aux multiples vertus est conservé toute l’année. Au travers la restitution des traditions d’autrefois, de la langue Corse, de l’expérience vécue des ainés, dans le film Palleca tandu C’était Palleca, par le biais des itinéraires personnels et des grandes et des petites histoires, racontées en Corse et en Français, je voudrais tisser un tableau vivant de cette communauté et de son vécu dans la haute vallée du Taravo, avec les continuations annuelles d’une vie alternative entre piaghia, paese et muntagna. Dans cette interdépendance entre le littoral et la montagne, je voudrais retracer comment la vie était rythmée par les semailles, la récolte des châtaignes, les vendanges, les moissons et la recherche des pâturages, en évoquant les échanges de main d’œuvre et de produits qui se faisaient à différentes étapes et saisons de l’année. Lors des déplacements longs de plusieurs jours se nouaient des relations commerciales, des liens d’amitiés et des unions matrimoniales, qui font qu’aujourd’hui encore, lorsque l’on les interroge sur les liens de parenté, la réponse est souvent « parents depuis toujours » ; c’est le « u paese », cette cohabitation complexe que l’on connait le mieux et que l’on peut conserver le mieux par la restitution de la mémoire des anciens, qui racontent les veillées, les mariages et chansons, les morts en « lamenti »*, les hommes qui devisent sur le vieux mur de la fontaine, les femmes sur le pas de la porte et les enfants, maîtres à la fois du village et du maquis.

Palleca tandu C’était Palleca est le récit de cette préhistoire de notre temps.

* Une région en léthargie : la haute vallée du Taravo en Corse du Sud, thèse de Géographie et d’Aménagement, Université de la Méditerranée 1985, Jean-Baptiste Leccia, P. 101.


Note d’intention

J’ai commencé par découvrir Palneca à Paris grâce aux palnecais de la « diaspora », ces exilés de la capitale, qui conservent un attachement farouche à leur village et à la Corse, y retournent plusieurs fois par an, en particulier le 15 août pour fêter Marie, la sainte patronne des lieux, et célébrer la montagne magnifique. Ils forment une petite société singulière et nostalgique qui se passionne pour les généalogies compliquées, les loyautés et les rivalités séculaires, le code de l’honneur à l’origine de bien des drames, et surtout pour les histoires familiales tourmentées qui s’inscrivent, de mémoire d’homme, dans l’histoire même du village saigné par la grande guerre, puis par un départ massif de sa jeunesse vers les colonies, devenu ensuite unanimement résistant sous les occupations italienne et allemande.
J‘ai gagné leur amitié, je les ai beaucoup écoutés parler de la montagne, de Palneca comme d’un somptueux balcon d’altitude, de la vue sauvage, des forêts de châtaigniers énormes et des pierres chaudes près du torrent dont l’odeur vous pénètre l’âme…
Abel Gény, originaire de Palneca et qui y réside une partie de l’année, m’a présenté un document de travail, fruit d’années de recherche sur son village rassemblant notes de terrain, dires, descriptions des lignages, des relations sociales, des croyances, mais aussi une documentation historique et photographique, une bibliographie des premiers textes écrits sur la vallée du Taravo, bref, une véritable source d’information pour le film à venir.
Autre fond de travail précieux : les éléments de recherche que Claude Faucheux, sociologue au CNRS, disparu en 2014, a rassemblés sur la Corse, en particulier à Palneca, dans les années 1950 et qu’il a remis à Abel Gény. Au début des années 1950, Claude Faucheux, préparait une thèse sur la Corse. Après un premier séjour dans le Fiumorbu, il vient à Palneca et réalise qu’il y a découvert un conservatoire des usages anciens de la montagne corse. Il s’agit d’un ensemble très développé de cartes Bristol détaillant us et coutumes, lieux dits, pratiques saisonnières, outils de travail, instruments de musique, dictons et expressions, notions de pensée etc.Nous avons organisé une première rencontre en région parisienne avec Claude Faucheux et Félix Santoni, le palnecais qui l’a introduit à la Corse plusieurs décennies auparavant. Être le témoin des retrouvailles de ces deux vieux amis et les entendre échanger les nouvelles du pays, leurs idées sur la Corse, et se remémorer les temps passés, ne faisait qu’accroitre mon envie de humer les ambiances palnecaises et corses qu’ils évoquaient.
Forte de ces éléments, j’ai effectué un premier séjour à Palneca, à la Toussaint 2015, pour y repérer la saison automnale et les préparatifs de l’hiver. Arrivée la veille au soir, le premier matin, je me réveille face aux flancs de la montagne, couverts de pins et de hêtres, étagés de 200 à 2000 mètres d’altitude, surmontés des crêtes rocheuses qui dominent le paysage. J’ai comme l’impression que ces massifs sont trop près, trop présent. Au fil des rencontres, les uns racontent un hiver rude, des étés passés dans des bergeries et pâturages en haut montage, les autres rajoutent une information sur une ancienne piste pour passer au village de l’autre côté de la crête ou encore l’histoire d’une forme rocheuse, autant d’infimes péripéties qui éclairent l’ancrage profond de vécu et d’histoire dans ces flancs de montagne. Aussi tout au long du film, je voudrais porter une attention visuelle à cette rencontre entre l’homme et la nature ; comment va-t-il s’accommoder pour vivre la rudesse, l’inaccessibilité, l’isolement ; comment va-t-il façonner de sa main ce coin de l’île, en traçant des pistes, en taillant de pierres, en tissant des clôtures pour y faire sa vie ?
Avec cette idée de créer une trace de la conscience que chacune des personnes interrogées a de sa position sur la trajectoire collective allant du passé vers l’avenir. J’y suis retournée en juillet 2016, à temps pour observer le départ en montagne d’un des derniers bergers qui pratiquent encore la transhumance avec leurs brebis entre le haut et le bas de la vallée du Taravo. J’ai pu l’observer en relation avec son troupeau, ses haltes, sa manière de vivre, mais aussi alors qu’il parlait de cette pratique d’élevage, ou qu’il évoquait ses souvenirs de la vie au village. J’ai envie de savoir comment les familles vivaient la transhumance, cette forme de vie pastorale intimement liée aux régions à climat méditerranéen.
Ainsi, de novembre à mai pour éviter la fraicheur des températures, les bergers déménageaient de leurs montagnes, parfois accompagnés de toute leur famille, pour s’installer à « la plage ». Dans ce sens, la transhumance s’appelait l’impiaghjata. Dans le sens inverse dont le chemin s’effectue en juin, celui-ci se nommait a muntera. Ils vivaient alors dans des bergeries, bâties avec des pierres sèches et des matériaux trouvés sur place par des éleveurs qui étaient également maçons et architectes ; les bergeries devaient protéger hommes, bêtes et productions fromagères. L’emplacement de ces bergeries était stratégique : elles étaient souvent situées dans un lieu ensoleillé (à sulana) à la vue dégagée pour surveiller le troupeau, près d’une source (a surgente) et boisé (essentiel pour alimenter le feu pour la fabrication du brocciu).
Ou bien selon le souvenir d’un ancien d’Argiusta-Moriccio des années 1890, alors qu’il avait seize ans, « Les bergers ? On les voyait passer deux fois par an. C’étaient des gens de chez toi, là-haut, des Zicavais, des gens de Palnecca. Si tu avais vu ça ! Un véritable déménagement ! Il y avait de tout sur leurs charrettes, tous leurs ustensiles de cuisine, les casseroles, les plats, les chaudrons, les couvertures, des matelas. (…) C’était toutes leurs bêtes, environ une cinquantaine, quelquefois davantage, quelquefois moins : des brebis surtout, des chèvres. Il y en avait qui montaient avec des bœufs mais souvent ce n’étaient pas leurs bœufs. Ils les ramenaient au village ou ils les descendaient, tout le monde allait à pied. Je me souviens de ma mère qui était allée à pied à soixante-dix ans à Sartène par la montagne, au tribunal pour une histoire de testament. Ce qu’on pouvait marcher en ces temps -là ! Aller et retour, elle avait mis deux jours. »

Note sur la réalisation (et l’écriture)

Il m’intéresse plus de filmer la réalité telle que provoqué par ma présence (et la caméra) que de prétendre pouvoir la filmer telle qu’elle est. J’ai découvert par hasard cette phrase en exergue de Jean Rouch un jour de 1983 dans une bibliothèque universitaire de Johannesburg. Ma vie a basculé à cet instant. Il n’y pas de réel objectif. Tout est point de vue, tout est regard, mon regard. J’étais alors musicienne, réalisatrice d’emissions d’opéra à la télévision, performance artiste et militant anti-apartheid.
J’ai posé le livre et je suis sortie de bibliothèque et deux jours plus tard j’étais en train de filmer Chicken Movie. Cluck ! une traversée poétique des quartiers du down town de Johannesburg, en pleine période d’état d’urgence.
Quelques semaines plus tard, bobine de film sous le bras, j’ai pris un avion pour l’Europe, et l’exil. Arrivée à Paris, j’ai montré le film à Jean Rouch qui a dit, « C’est le genre de film qu’il faut faire maintenant, c’est une voix fraîche, un poème urbain. » J’étais alors lancée dans la quête du réel sur la trace de mes aïeuls. Comme inventeur du cinéma corporel, il y avait Maya Deren, suivi quelques années après par les inventeurs du cinéma direct, Jean Rouch et Michel Brault, et du Direct Cinema, Rickey Leacock, Pennebaker, Wiseman, les frères Maysles, et bien d’autres…
Comment aborder le réel ?
Comment faire récit du réel ? Pour certains des protagonistes de l’école nord-américaine, il fallait être invisible, se faire oublier. En revanche, pour l’école française, celle de Jean Rouch et de Michel Brault, l’inventeur québécois du cinéma direct, il ne fallait surtout pas se cacher, il fallait avoir le consentement et la complicité, être en partage, et pour cela, il fallait entrer dans le mouvement de la vie que l’on filmait.
Comment faire ? Jean Rouch et Michel Brault nous ont donné la clef à cette question : Avec son corps !
A proximité de ceux que l’on filme. Dans une relation de partage. Le tournage est la première couche de l’écriture, le compte rendu du récit de ce partage.
Pour former les apprenti cinéastes ethnographes, ces deux monstres sacrés, Jean Rouch et Michel Brault, ont demandé à un membre de l’équipe du mime Marcel Marceau d’élaborer un cours de gymnastique filmique pour former de jeunes cinéastes à adopter des mouvements peu naturels pour le corps et de maintenir une stabilité à proximité de leurs sujets filmés. C’est une forme d’écriture avec le corps qui permet d’entrer en contact et d’être dans un rapport de communion avec les personnes que l’on filme, mais sans qu’on ne les gènes, ou le moins possible. Autrement dit, pour se faire oublier, il fallait se faire accepter par le groupe, s’y intégrer.
J’ai suivi ce cours pendant deux ans à l’école de Nanterre lors de mes études doctorales, car j’ai compris la grande importance de l’idée d’un corps en mouvement maîtrisé et en contact avec les personnes filmées. A partir de ces mouvements de gymnastique filmique, que j’ai nommé plus tard ciné-gym (en référence aux jeux de mots qu’affectionnait Jean Rouch : ciné-vérité, ciné-trance, ciné-plaisir…), j’ai développé une écriture corporelle du réel avec une intégration entre l’esprit et le corps. C’est une écriture de proximité corporelle, non-scripté à partir du réel. C’est pour moi la première couche de l’écriture d’un film. C’est la première étape. Le montage et l’organisation de la matière créée lors de cette première version d’écriture constituent la seconde couche d’écriture, c’est une deuxième version, une relecture, voire ré-écriture.
Il est extrêmement rare que j’écrive avant de commencer à filmer. Ma caméra est mon stylo. Je commence un film, quand je pense à l’idée, quend j’y vais pour filmer, quand je commence à filmer, c’est la caméra à l’œil, la caméra stylo, tenue près du corps, c’est comme ça que j’écris mes films, en contact et en partage direct avec mon sujet. Ce type d’écriture à son grammaire, il faut penser sur ces pieds, monter dans son esprit pendant que l’on tourné, prévoir de sorties de plans séquence, des changements de angles et surtout des chutes. Ecrire une réalité avant de l’avoir vécu et filmé est pour moi antinomique à ce que je fais, à savoir d’écrire à l’image en temps réel et de manière non-scripté.
Je dois dire qu’en la compagnie d’Abel Gény, je ne pouvais avoir meilleur introduction et guide pour faire connaissance et faire accepter ma démarche par des pallecais. Originaire du village, Abel Gény y a passé une partie de son enfance, sa jeunesse et sa vie d’adulte. Il m’a guidé avec la sensibilité de quelqu’un qui a une connaissance intime des lieux et qui aime Palleca et les pallecais.

Rina Sherman
Paris, février 2019



Palleca tandu C’était Palleca


Titre unique : Palleca tandu C’était Palleca

Collection :

Gran’ ritratti : I tistimonii di u nosciu tempu
Grands portraits : Témoins de notre Temps

Rina Sherman

Vissutu da Vécu par : Abel Gény & Rina Sherman

Genre : Documentaire de création

Durée : 83 minutes

Couleur : Couleurs

Image : 16:9

Son : Stéréo

Format original : HD & K4

Format de diffusion : HD, DVD, Blu-Ray

Pays de production : France

Langue de tournage : Corse & Français

Sous-titrage : Virsioni corsa & francesi Version française & corse

Incù a participazioni di Avec la participation de :

Marcel Aliotti
Félicie Lubrano-Bartoli
Gina Bartoli
Maryse Bartoli
Pauline Bartoli
Séraphine Toma-Bartoli
Abbé Francis Buresi (1946 – 2019)
Marguerite Faucheux
Claude Faucheux (1929–2015)
Thérèse Ferri-Santoni
Abel Gény
Christiane Gény
Alexandre dittu Rinatu – dit René Mondoloni
Toussaint Nivaggioni
Antoine Santoni (1930 – 2018)
Blanche Delas-Santoni (1935 – 2019)
Constance Santoni
Eugène Santoni
Félix Santoni (1929–2020)
Georges Santoni
Henriette Santoni
Michel Santoni (1932 – 2016)
Paul Santoni (1932 – 2016)
Paulette Santoni
Philippe Gény-Santoni
Pierre Santoni
Simon Santoni

Cinéaste : Rina Sherman

Producteur : Rina Sherman

Production : k éditeur

In cupruduzioni incù En copoduction avec : The Prod

Incù u sustegnu di a Avec le soutien de la :

Cullittività di Corsica
Collectivité de Corse en partenariat avec le CNC

Rifarentiin lingua corsa Référente en langue Corse : Thérèse Ferri-Santoni

Traduzzioni Traductions : Thérèse Ferri-Santoni, Abel Gény, Georges Santoni

Réalisation sous-titrage version bilingue : Evan Lourenço, Rina Sherman

Image & Son : Rina Sherman

Montage image : Laurence Salini, Rina Sherman

Montage son : Rina Sherman

Mixage son : Rina Sherman

Etalonnage : Evan Lourenço, Rina Sherman

Contact : editeurk@gmail.com

Droits & distribution : k éditeur

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Images disponibles pour usage non-commercial pour la promotion institutionnelle du film, Palleca tandu C’était Palleca.

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Crédit photo : © Rina Sherman ADAGP



















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