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« Il n'est pas question de vengeance »

Le programme, plus de trente musiciens chaque soir jusqu'au 11 juin, commenté par Barbara Masekela, soeur de l'organisateur et ambassadrice.

LEE Hélène



Afrique du Sud, musiques de liberté


La Grande Halle de La Villette

Panorama des courants culturels qui, pendant les années d'apartheid, ont aidé à la survie morale d'un peuple, le festival prend la forme d'une grande célébration autour de quelques groupes phares (ce soir et jusqu'au 28 les Soul Brothers, rois de la soul-mbaquanga). La composition du plateau (les plus grands noms de la scène jazz, pop et folk locale) témoigne d'un éclectisme à l'honneur de son maître d'oeuvre, le trompettiste de jazz Hugh Masekela: des artistes restés au pays et des exilés comme Jonas Gwangwa, chef de l'orchestre de l'ANC; des Noirs et des Blancs comme Johannes Kerkorrel, le militant punk afrikaner; des jazzmen et des pop stars... personne n'a été oublié. Une bonne nouvelle: il y a quelques années, dans le désespoir de l'exil, des militants menaçaient de représailles artistes ou maisons de disques qui avaient continué à fonctionner au pays. Une idée que repousse Barbara Masekela, ambassadrice d'Afrique du Sud en France et soeur du grand trompettiste. «Nous sommes un gouvernement démocratique! L'une des choses pour lesquelles nous nous sommes battus, est la charte des droits de l'homme: nous n'allons pas pratiquer ce que nous avons combattu! Nous sommes un gouvernement de réconciliation nationale, il n'est pas question de vengeance.»

Pourtant, jusqu'aux années 70, les maisons de disques n'ont pas versé aux artistes de droits d'auteur ou de royalties. On avait pu parler de nationaliser Gallo, la plus puissante, ce qui fait sourire Barbara Masekela: «Pas question de nationaliser dans aucune branche de l'industrie. La Constitution est claire: les droits doivent être protégés, y compris celui de créer et d'être rémunéré pour ce que l'on a créé. Nous nous opposerons à ce que l'on dépouille Gallo, ou tout autre société en activité, du produit de ses efforts. Quant aux droits dus depuis des années, je ne pense pas que l'on doive entamer une procédure collective. La Constitution garantit les droits des individus, les artistes doivent récupérer leur dû.»

Reste le sous-développement des quartiers noirs en matière de structures: «Les salles de spectacle n'ont pas poussé dans la nuit; il n'y a pas un seul club à Soweto, qui compte plus de deux millions d'habitants.» Il faudra aussi recadrer la politique culturelle des conseils des arts, jusqu'ici au service de la minorité: «Le gouvernement a fait savoir qu'il ne s'opposait pas aux expressions culturelles eurocentristes: beaucoup d'Africains se passionnent pour l'opéra ou le ballet. Mais un monde de culture africaine s'est sclérosé, relégué aux manifestations touristiques, il faut le développer.» Un des effets les plus curieux de la fin du boycott est l'arrivée des musiciens du reste de l'Afrique: «La venue de Salif Keita ou de Manu Dibango ont été des événements. Pendant des siècles, nous avons été séparés artificiellement du reste de l'Afrique. Actuellement, nous découvrons la culture de ce continent. Nous sommes en train de devenir Africains.»

L'afflux soudain d'étrangers enlève aux artistes locaux une part juteuse du marché et crée un problème d'emploi. Auquel s'ajoute celui des multinationales, qui mettent de gros moyens derrière les produits anglo-saxons au détriment des produits locaux. Aussi y a-t-il eu, ces derniers mois, un mouvement pour imposer aux radios et télévisions un quota de productions sud-africaines. Ce protectionnisme ne s'étendra pas à l'Afrique, et les artistes du reste du continent seront, comme ailleurs, relégués dans la marge des «produits étrangers», en concurrence avec la grosse production américaine. Autrement dit: situation normale. RAS

  
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